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Séquelles psychologiques du covid-19: Peur de la mort, hausse de l’appétit…en sont les causes

Des témoignages de personnes angoissées

« La nuit, il m’arrive encore, même jusqu’à maintenant, de rêver que je n’arrive pas à respirer. Je me réveille en sursaut et il n’en est pourtant  rien. Parfois, mon coeur se met à palpiter, soudainement, sans raison. Je pense que le mental a pris un coup », raconte Fanilo Rafalimanantsoa, une maman qui a été atteinte du coronavirus lors de la première vague de la maladie. Et elle n’est pas la seule à ressentir ce malaise mêlé de pure panique, même après plusieurs mois de guérison. Les témoignages fusent sur les réseaux sociaux : « j’ai toujours cette peur de mourir », disent les uns ; « je crains d’être contaminé à nouveau quand je reprendrai le travail », se lamentent les autres. «J’éprouvais une vague d’anxiété sans raison apparente. Avec la grosse fatigue provoquée par la maladie, je pensais que la vie me quittait petit à petit. Et c’est, sans doute, ce qui provoque cette angoisse persistante », reconnait Mampionona Rabenatoandro, une jeune femme de 36 ans.

Une ligne verte gérée par des psychologues

Tous les malades et toutes les personnes guéries du coronavirus ne sont pas sujets à cette sorte de psychose qui les empêche de reprendre une vie plus ou moins normal. Toutefois, au cours des pics de la deuxième vague, entre cinquante et cent personnes par jour ont eu recours aux psychologues de la ligne 902. Inscrite dans le projet dénommé MITEHAFA (Miaro tena aho ho fiarovako ny hafa), cette ligne verte permet aux malades, aux convalescents, aux proches en charge de personnes malades ou qui ont perdu un parent à cause du covid-19, de bénéficier gratuitement de l’écoute, des conseils et des soutiens d’un professionnel. Le projet est mis en oeuvre conjointement par plusieurs entités : Humanité & Inclusion, Douleurs Sans Frontières, SOS Villages d’enfants, et est financé par l’Union Européenne ainsi que l’Agence Française de Développement. L’anxiété ainsi que la peur de la maladie et de la mort, sont les principales raisons qui poussent les gens à chercher de l’aide, rapporte Mihaja Rabenoro, psychologue et chargée de mission du projet Mitehafa. En ce moment, où le nombre de personnes testées positives à la maladie diminue, le nombre d’appels reçus au 902 est également descendu à une cinquantaine par semaine.

Altération de la mémoire courte

On n’entendait pas vraiment parler des impacts psychologiques et neurologiques du Covid-19 pendant la première vague, même si la ligne verte 902 a été déjà mise en place dès l’apparition du coronavirus à Madagascar. En effet, d’après l’explication du docteur Manitra Rakotoarivony, directeur de la promotion de la santé auprès du Ministère de la Santé Publique, nous commençons tout juste à connaître les conséquences de cette maladie hautement virale sur la santé, aussi bien sur le plan physique que sur le plan psychologique. On sait maintenant que certaines personnes ont plus du mal à s’en remettre que d’autres. Cela demande parfois 5 mois pour être vraiment rétabli, affirme le médecin. Selon toujours ses explications, le virus endommage l’organe respiratoire. Cela entraîne un manque d’oxygène sur tout le corps et engendre, par la suite, une grande fatigue, atteignant également le cerveau. La mémoire courte est la plus altérée, remarque le docteur Manitra Rakotoarivony. Et effectivement, de nombreuses personnes déjà guéries de la maladie se plaignent de trouble de la mémoire. « Il m’est arrivé d’oublier un événement important au sein du scoutisme où je suis membre », témoigne Razafimahatrara Soloniriana, un jeune homme de 28 ans. « J’ai remarqué cette altération dès que j’ai appris que j’étais positif au coronavirus, au mois de février de cette année. Cela s’est amoindri au fil du temps, mais il en reste encore de petites séquelles. J’ai fait ma rééducation moi-même, en jouant aux échecs et au « fanorona ». Maintenant, je prends aussi beaucoup de notes pour ne pas oublier », explique-t-il.

Un grand besoin de nourriture

En ce qui concerne le soutien psychologique, le Ministère de la Santé Publique, par la direction des maladies non-transmissibles, collabore de près avec le projet Mitehafa et leurs psychologues, informe le docteur Manitra Rakotoarivony. Récemment, les personnalités religieuses sont aussi autorisées à rendre visite et à apporter leur soutien aux malades, car pour guérir, il faut avoir un moral en béton. « N’oublions pas que ces personnes en convalescence se sont battues contre la mort », rappelle le médecin. Ainsi, la convalescence n’est pas facile pour tout le monde. L’on a, en outre, remarqué que presque tous ceux qui sont guéris du covid 19, ont tendance à avoir beaucoup d’appétit. C’est tout ce qu’il y a de plus normal, selon les éclaircissements du directeur de la promotion de la santé. En effet,  après avoir lutté contre la maladie, le corps a besoin de « réparation ». Le cerveau sait ce qu’il lui faut et lui commande de s’alimenter. Cependant, trouver de quoi acheter quelque chose à manger peut déjà peser sur le moral, car les temps sont durs, déplore le docteur Manitra Rakotoarivony. Tout le monde n’a pas le moyen de satisfaire ce besoin de se nourrir, d’où la nécessité, plus que jamais, de s’entraider. Et même en mangeant beaucoup, certains convalescents n’arrivent pas à reprendre du poids. Ce qui pourrait aussi être une source d’angoisse.

Sensibilisation axée sur la bonne nutrition

C’est justement dans ce volet que la plateforme HINA entre en jeu. Connue pour son principal mandat, qui est de lutter contre la malnutrition, HINA a participé activement dans la lutte contre le covid-19. Les membres de la plateforme ont notamment pris part à la sensibilisation de la population locale, dans les 22 régions de l’Île. Ils ont axé leur message, non seulement sur le respect des gestes barrières, mais aussi et surtout sur la nutrition. Pour ce faire, la plateforme HINA a sensibilisé les mères de famille sur l’importance des aliments à forte densité nutritive dans le renforcement de la défense immunitaire. En partenariat avec l’Office National de la Nutrition, des démonstrations sur l’utilisation et les transformations des produits locaux ont été organisées. Ainsi, la collectivité n’a plus à chercher plus loin, les nourritures qui lui apporteront force et santé. D’ailleurs, dans cette perspective, le directeur de la promotion de la santé conforte tout un chacun, à trouver les oligoéléments et les vitamines nécessaires à la défense immunitaire, dans la nourriture, au lieu de se laisser aller à l’addiction aux médicaments.

Importance des sociétés civiles

Pour en revenir à la plateforme HINA, leur contribution dans la lutte contre le coronavirus consiste également en l’interpellation des autorités compétentes. Cela fait suite, notamment, à une étude à laquelle elle a participé l’année dernière, en collaboration avec l’ONG Action Contre la Faim. L’étude avait pour objectif de mesurer l’effectivité de la politique de lutte contre le covid-19 mise en place par le gouvernement. « Il a été observé, dans les 15 régions où l’étude a été menée, que de nombreux éléments essentiels à l’application des protocoles font défaut : matériels, informations, prises en charge», regrette Willy Beninandiana, secrétaire exécutif de la plateforme. C’est pourquoi, leur plaidoyer se focalise sur la prise en compte des organisations de la société civile, dans cette lutte commune. « Celles-ci ont les moyens, les expériences et les personnes compétentes pour mener à bien les actions auprès de la collectivité », ajoute-t-il. La plateforme HINA continue, en outre, de plaidoyer pour que le secteur nutrition fasse partie intégrante des plans de développement au niveau des communes et des régions (PDR et PCD). En effet, avec un budget dédié, les collectivités territoriales décentralisées seront à même de lutter contre la malnutrition et par conséquent, contre la pandémie du coronavirus, renchérit Willy Beninandiana.

Adopter une bonne hygiène de vie

En fin de compte, la lutte contre cette pandémie mortelle concerne tout le monde. D’ailleurs, presque tout le monde est traumatisé par les symptômes et les conséquences du covid-19. Marigny Andriantsoava, par exemple, n’a jamais été testé positif au coronavirus, et pourtant, il a développé une certaine angoisse depuis que son père a été emporté par la maladie, le jour de Pâques de cette année. « La nuit, j’ai parfois cette sensation de suffoquer, alors, j’utilise fréquemment de l’oxymètre, pour savoir ce qu’il en est réellement. J’en suis arrivé à éviter, autant que possible, le contact avec d’autres personnes. Je n’ose plus prendre le transport en commun, je préfère conduire ma propre voiture, car j’ai peur, à la fois de contaminer et d’être contaminé », relate-t-il avec émotion. Et c’est justement pour partager ces angoisses qu’une ligne gratuite a été mise en place, tandis que d’autres personnes, comme Mampionona Rabenatoandro, préfère se tourner vers la religion. Mais presque tous ceux qui ont témoigné déplorent l’insuffisance de la prise en charge psychologique des malades. « Même en cas de forme modéré, l’impact émotionnel de la maladie est très grave et joue beaucoup sur l’état des malades », remarque Mampionona Rabenatoandro. Ainsi, la psychologue Mihaja Rabenoro recommande à tous d’accepter l’existence de la maladie et d’apprendre à vivre avec, en respectant toujours les gestes barrières, par exemple, puisque le virus est déjà là. Cela permet d’être plus serein. Il faut aussi chercher tous les moyens de se remonter le moral, conseille le docteur Manitra Rakotoarivony. Et plus important encore, il faut adopter une bonne hygiène de vie, y compris la bonne nutrition.

Ravaka Rakotomalala

 

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