Filière letchis: La Transparency international dénonce les dérives autoritaires du GEL

La TI-MG s'est également penchée sur le problème du letchis de Madagascar. Celle-ci dénonce des dérives dans la gestion de l'exportation de ce produit et avance des recommandations pour assainir cette filière.

La Transparency international-initiative Madagascar (TI-MG) conclut que l’organisation de la filière letchis à l’export a fait l’objet depuis une dizaine d’années de dérives. Cette association a en effet sorti dernièrement un rapport visant à “vérifier les faits” concernant le verrouillage de l’exportation de ce produit vers l’Union européenne par le biais d’une entente entre le Groupement des exportateurs de letchis (GEL) et deux importateurs français.

Dans son rapport, la TI-MG soutient que les dérives autoritaires du GEL sont dues en partie au pouvoir qu’il possède. Elle explique que parmi les prérogatives de ce groupement figure le contrôle préalable d’exportation. Ainsi, “aucun container de letchis ne peut quitter le territoire par voie maritime sans l’aval de ses représentants. Ce contrôle du GEL sur les exportations s’est encore renforcé en 2019 lorsque les letchis primeurs expédiés par avion ont été interdits par les autorités”, rapporte cette association œuvrant dans la promotion des principes de transparence.

Ainsi depuis des années, le GEL a fixé non seulement le volume du quota d’exportation mais également les destinations où les letchis malgaches peuvent être exportés. 24000 tonnes de letchis de Madagascar ont été écoulés sur le marché européen lors de la campagne 2008-2009. Une stratégie de réduction volontaire des quantités exportées a ensuite été entreprise par le GEL. Un arrêté interministériel a été sorti au mois de septembre 2011 pour fixer un quota d’exportation par voie maritime à 17500 tonnes et c’est ce groupement qui décide de sa répartition. “Dans les faits, cette répartition est très inégalitaire, sans que cette disparité de traitement entre les membres du GEL ne soit justifiée”, soutient la TI-MG.

L’achat intégral de ce quota d’exportation a été accordé à The litchi trading company Ltd (LTC), qui s’imposait comme intermédiaire pour le marché européen mais également pour le marché russe. Mais le choix sur cette structure commerciale opaque à l’île Maurice, qui figure encore en 2019 sur la liste grise des paradis fiscaux, “semble répondre à une logique principalement financière”, lance la TI-MG.

Le GEL s’est en tout cas défendu à travers un communiqué, en rassurant que les décisions de ses fonctionnements sont prises par son Conseil d’administration et par les votes des Assemblées générales. Et que depuis sa création, il a œuvré pour une amélioration constante des outils de production et de commercialisation pour répondre aux exigences des producteurs, des exportateurs et les clients.

La libéralisation des exports hors Union européenne recommandée

Or le GEL peinait non seulement à honorer son quota de 17500 tonnes mais le letchis malgache, de la variété Mauritius, souffre toujours de critiques quant à ses qualités esthétiques et gustatives.

Aussi pour exploiter pleinement le potentiel de la filière letchis, la Transparency international-initiative Madagascar recommande d’abord de partager de façon égalitaire le quota d’exportation de letchis et d’autoriser les sociétés exportatrices à identifier elles-mêmes leurs clients en Europe. Les exportations en dehors de ce marché devront être libéralisées, c’est-à-dire que le quota hors Union européenne autorisé actuellement devra être supprimé. L’interdiction des primeurs doit également être levée.

La TI-MG préconise en même temps l’interdiction des structures commerciales opaques de type LTC. Le contrôle préalable d’exportation du GEL devra aussi être remplacé par un contrôle qualité du ministère du commerce. Le développement de la filière letchis devra d’ailleurs se faire à travers une approche qualité. Aussi la plateforme de concertation de cette filière doit être relancé, suggère cette association.

L’enjeu est d’ailleurs de taille. Cette filière d’exportation touche jusqu’à 300000 personnes, principalement dans la zone Est de Madagascar. Reste donc à savoir les dispositions qui seront prises pour la prochaine campagne d’exportation de letchis de la Grande île.

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