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Monopole du letchis: Les opérateurs brisent l’omerta, le conseil de la concurrence impuissant

Le principal problème de la filière letchis est soulevé. Reste à savoir les dispositions que prendra l'Etat.

Les langues se délient, des noms sont livrés. Les opérateurs ont commencé à parler ouvertement du monopole qui règne dans la filière letchis. Ils décident de briser la loi du silence, impulsés par un article récemment publié par le journal Le Monde.

Ces opérateurs ont finalement mis au grand jour le fonctionnement monopoliste du Groupement des exportateurs de letchis (GEL). Ils ont soulevé le diktat d’un proche de l’actuel chef d’État, sous couvert de ce groupement, empêchant de ce fait la libre concurrence. Le GEL qui n’est pas une entité administrative habilitée à sortir des règles ou des lois s’est en effet permis, depuis des années, de décider du quota de la Grande île.

En effet, le GEL exporte plus de 90% de letchis de la Grande île (en volume) vers deux importateurs européens qui doivent être sélectionnés par le gouvernement, dans le cadre d’une procédure d’adjudication tous les deux ans. «Toutefois, dans la pratique, aucun nouvel appel à propositions auprès d’importateurs européens n’a été lancé depuis 2013. Ce qui empêche la concurrence entre les importateurs et le potentiel de développement des opportunités d’exportation», soulignait la Banque mondiale.

Une situation qui ne bénéficie donc finalement qu’à un cercle d’opérateurs qui acceptent de se plier aux règles imposées par le GEL. Les autres, eux, se contentent des miettes.

Arbitre spectateur

Un opérateur de letchis de Toamasina n’a alors pas manqué de saisir la tenue récente de la Journée de la concurrence pour interpeller les autorités face à cette situation qui continue de nuire à la filière. Il a entre autres demandé la position du Conseil de la concurrence qui assure une fonction consultative et juridictionnelle en matière de pratique de prix anticoncurrentielle.

Mais même devant la presse, un haut responsable de ce conseil a tout simplement évité de parler de ce sujet qu’il jugeait apparemment “sensible”. Il s’est contenté de rappeler la nécessité de la sortie du décret d’application de la loi sur la concurrence et d’appeler les opérateurs à saisir le conseil en cas de pratiques anti-concurentielles. C’est ce que cet opérateur confie avoir fait, mais aucune action concrète n’est visiblement entreprise jusqu’à ce jour.

La Banque mondiale s’est déjà exprimée sur ce sujet. Pour uniformiser les règles du jeu, la loi sur la concurrence gagnerait à être renforcée, et son application devrait être soutenue par un conseil de la concurrence et des organismes de réglementation plus efficaces et indépendants des ministères de tutelle et des opérateurs privés. «Plus généralement, une simplification des règles administratives, un renforcement de la justice commerciale et une dématérialisation de certains services publics pourraient significativement améliorer le climat des affaires et encourager l’investissement privé», soutenait ce partenaire technique et financier du pays.

Ce qui est sûr, c’est que Madagascar est désormais ciblée au niveau international avec cette réalité longtemps tenue secrète. L’avenir de la filière letchis est en péril.

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