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Duplicité, dédoublement de la personnalité, Alzheimer: Fléaux du journalisme contemporain ?

La manœuvre diligentée par le ministère de la Communication et de la Culture dans le processus relatif à l’élection du nouveau bureau de l’Ordre des Journalistes de Madagascar (OJM) a suscité beaucoup de commentaires ces derniers jours. C’est à croire que la corporation n’est en fait qu’un géant de papier, au propre comme au figuré, à la merci des vicissitudes inhérents au propre statut de ses membres.

En quelques périodes, Madagascar a connu quelques journalistes à la tête de ce ministère et, force est de constater que cet « avantage » n’a jamais apporté d’une manière sans équivoque du bien à la profession. La raison en est que les journalistes devenus ministre, directeur, attaché de presse, responsable de la communication, ont vite troqué leur gilet de reporter contre le privilège rattaché à la notion de la prérogative de puissance publique. Un « handicap » qui provoquerait des incompréhensions et des conflits d’intérêts au sein de la corporation, déjà un peu perdue dans les dédales des conditions de travail frustrantes et archaïques. On se demande, en fait, si le fait d’intégrer les mailles de l’Etat, ne constitue pas pour les plus téméraires un cocon de mutation psychologique.

Le risque de duplicité est à son plus haut niveau. Ces « maux » illustrent le caractère d’une personne qui feint, qui a deux attitudes, qui joue double jeu. « Caractère de quelqu’un qui ne se montre pas tel qu’il est, qui présente intentionnellement une apparence différente de ce qu’il est réellement », une définition universelle. Plus terre-à-terre, un journaliste est nommé directeur dans un département ministériel et il ne démissionne pas de son journal. Il continue d’écrire, comme si de rien n’était. Il n’est plus celui sur qui les lecteurs peuvent compter, car substantiellement, il n’est en fait que l’ombre de l’Etat le jour, et le semblant respectueux de l’éthique journalistique, la nuit.

Si certains souffrent de duplicité, d’autres de dédoublement de la personnalité. Deux comportements qui sont très voisins mais deux « épreuves » bien distinctes. En fait, le dédoublement de la personnalité est un « trouble psychologique dans lequel coexistent chez un même individu un comportement normal, conscient et adapté au milieu qui l’entoure, et un comportement anormal lié à l’inconscient, automatique et inadapté ». Et cet « inconscient » oblige certains à faire du tort aux autres confrères considérés comme des adversaires « politiques », quitte à les pousser vers la prison. On connaît ça surtout en Afrique, des journalistes devenus des alliés de l’Etat en étant nommés aux postes de prestige dans l’Administration qui font tout pour stopper la « subjectivité » de leurs confrères.

A Madagascar, le débat sur le renouvellement des membres du bureau de l’Ordre des Journalistes devrait constituer un tremplin pour régler une fois pour toutes ces questions de conflits internes entre les journalistes malgaches. Le droit de vote, le statut du vrai journaliste, et le système de vote, constituent des sujets de débats intéressants. Les derniers outils légaux récemment adoptés régissant les médias seront appelés à garantir la liberté d’expression, dans un cadre ascendant de redynamisation, et non dans un retro-processus mettant en danger l’avenir du journalisme à Madagascar. Bon nombre d’actions ont été menées contre les velléités de museler la presse chez nous. Et à bien de périodes, à volets différents, la corporation a effectué un long chemin.  Si, maintenant, on commence à oublier ce qu’on a soutenu avant, ce n’est plus du dédoublement de la personnalité, ni de la duplicité.  C’est carrément… l’Alzheimer.

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