Politique

Facilité élargie de Crédit : La signification politique des “recommandations” du FMI

Ce n’est plus l’opposition qui parle. C’est le Fonds Monétaire International. Ce dernier a plus de chance d’être écouté. L’Etat n’a pas le choix, le pays se trouve dans un chaos financier inquiétant. La moindre rentrée d’argent sera la bienvenue. Et non moins sans « conditionnalités ».

Le FMI et Madagascar viennent de trouver un accord. « Les services du FMI ont achevé des entretiens avec les autorités à propos d’un nouveau programme à moyen terme qui pourrait être appuyé par les ressources du FMI, à hauteur d’environ 320 millions de dollars, au titre de la facilité élargie de crédit (FEC) », souligne le communiqué n°21/39 du FMI en date du 12 février 2021. Si on s’arrête à cette phrase, on jubile. Malheureusement, ce n’est pas gagné d’avance. A moins que…

Laissons aux économistes et autres journalistes spécialistes des finances le soin d’analyser « les décisions arrêtées » entre les deux parties. En substance, cet accord revêt en second degré une signification politique profonde dont l’opposition va certainement se délecter. A maintes fois, cette dernière a alerté le pouvoir quant à la mauvaise gouvernance des finances publiques. Le communiqué du FMI y touche mot : « le nouveau programme vise à reconstituer un espace budgétaire pour les dépenses et les investissements sociaux indispensables; à faire progresser le programme de réformes structurelles, y compris le renforcement du cadre monétaire et de la surveillance financière ; et à améliorer la gouvernance ». C’est clair, des failles existent, en termes de surveillance financière et de gouvernance. Les péripéties traversées par la Loi des finances actuelle en témoignaient.

Pire, si l’opposition a, à plusieurs reprises, exigé la transparence quant à la gestion financière de l’aide destinée à la lutte contre la covid-19, l’Etat n’y a jamais donné suite en se contentant d’annoncer globalement les montants et la destination des fonds. Ceci n’a pas satisfait le FMI, le communiqué précise : « le renforcement de la gestion des finances publiques, y compris en termes de transparence budgétaire, est également crucial. Des progrès supplémentaires sont nécessaires dans la mise à disposition du public d’informations sur l’utilisation des financements attribués pour atténuer l’impact de la pandémie de Covid-19, conformément aux engagements du gouvernement ». Le FMI parle de « progrès supplémentaires », terme diplomatique pour désigner certainement «insuffisants ». Pour pouvoir prétendre au déblocage de ces 320 millions de dollars, l’Etat devrait faire beaucoup plus d’efforts en matière de transparence.

Autre point cité dans le communiqué, à maintes fois évoqué par l’opposition, soi-dit en passant, la mise en place d’un système efficace contre la corruption à Madagascar, tellement des doutes subsistent quant à la gestion des affaires économiques, financières et marchés publics au niveau de l’Administration. Le communiqué du FMI en parle : « l’amélioration de la gouvernance, avec une application efficace du cadre juridique anti-corruption, en s’assurant que des ressources humaines et financières appropriées soient allouées aux institutions en charge de la lutte contre la corruption, sera essentielle pour améliorer le climat des affaires et attirer les investissements privés ». En fait, des « recommandations » qui visent certainement la léthargie et la partialité dont fait preuve notre système compte tenu de la prolifération des actes de corruption au pays.

Bref, en plus des cas de la Jirama et de la vérité des prix concernant les carburants, la position du FMI à l’issue des négociations avec la partie malgache revêt une signification politique qui entérine les griefs de l’opposition contre le gouvernement. Il reste à préciser que « cet accord entre les deux parties est subordonné à l’approbation du Conseil d’administration du FMI et à l’obtention des assurances de financement nécessaires », selon le communiqué. Madagascar n’a pas d’autres choix, il faudrait s’y atteler, l’opposition est là pour jouer son rôle, mais cette fois-ci, ses critiques ont eu des échos positifs.

La concrétisation de la promesse présidentielle lors de la campagne électorale selon laquelle Madagascar prêtera de l’argent à d’autres pays ne sera pas pour demain, ni pour avant 2023, fin de son mandat. Il lui faudra trouver autre chose pour évacuer cela.

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