Cycle infernal d’alternance: Le risque d’un éternel recommencement

L'approche actuelle des dirigeants risque de se retourner contre eux. En politique, et plus particulièrement, s'agissant de l'alternance au pouvoir dans la Grande île, l'histoire a tendance à se répéter. 

Psychologiquement, ces descentes dans la rue effectuées par les députés issus de l’opposition hantent l’esprit des gouvernants. Ces derniers ne craignent pas trop la résurgence soudaine du parti TIM, ils sentent plutôt que la situation sociale demeure propice à tout débordement. Ayant tiré la leçon du passé, seulement sur ce plan-là, le pouvoir tente de stopper tout rassemblement de foules sur les voies publiques, et fait tout pour empêcher que les discours en plein air prennent une connotation politique dangereuse. Car, ils savent pertinemment que « ça » commence comme ça…

Les griefs contre l’Administration Mapar foisonnent. Des personnalités proches de l’ancien régime sont en prison, les installations utilisées par Tiko ont été fermées et/ou certaines détruites, de facto, des milliers de gens se trouvent sans travail, d’autres n’arrivent pas à écouler leur production agricole, les marchands de rue sont chassés de leur lieu de gagne-pain, l’approvisionnement en eau laisse à désirer, les coupures d’électricité sont devenues la règle, les institutions étatiques à l’image du Sénat traversent une crise à cause du blocage budgétaire, la famine sévit dans le sud, la peste reste présente en sourdine, le Projet de Loi de finances ne pointe pas son nez et la société civile le réclame, les ordures s’amoncellent, le prix de la vanille connait des remous, le secteur minier se rebiffe car se sentant lésé alors qu’on veut à tout prix faire voter un nouveau code minier, le secteur tourisme se plaint de la fermeture des frontières, le « petit peuple » subit l’inflation et, deux ans après l’élection du nouveau président de la République, sa vie reste la même, elle empire même…

Ce contexte n’augure rien de bon pour les gouvernants. La politique d’autruche adoptée par ces derniers ne laisse pas entrevoir une lueur d’espoir sur ce que les « velirano » devraient apporter. Le manque de cohérence à la politique générale de l’Etat a dissimulé le « kere », lequel s’est glissé par surprise dans les failles déjà béantes de la gestion du pays. Tout n’est pas à cause du coronavirus. Loin de là. Accaparé par une stratégie de fragilisation de l’opposition, en décapitant financièrement ceux qui sont considérés comme des personnes ressources, et en réduisant au minimum la capacité du Sénat à s’exprimer davantage, le pouvoir songe déjà à un deuxième mandat et laisse un peu en souffrance certaines priorités vitales du pays.

Il n’est donc pas étonnant si le gouvernement fait bloc contre ces descentes dans la rue avec discours devant une foule, ces grands rassemblements qui risquent de perdurer. Car, l’histoire de la grande Ile laisse des vestiges indélébiles : on descend dans la rue, on arrive au pouvoir, on se fait éjecter, on s’isole à l’étranger, et si on tente de revenir, on affronte le NOTAM, et le cycle ne se referme jamais, car on peut encore revenir au pouvoir, un jour. Ici tout commence, ailleurs ça finit. Conscient de cette forme de destin de « la roue qui tourne », l’actuel régime fait tout pour stopper les mouvements d’ampleur opérés par l’opposition et tente d’éliminer, dès sa fécondation, la naissance de toute expression populaire de masse. Conjurer le mauvais sort, tel serait le leitmotiv de chaque génération de politiciens à Madagascar, afin d’anéantir ce cycle infernal d’alternance.

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