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Sénat Sortant: Le baroud d’honneur qui va gêner le pouvoir

Les sénateurs sortants, en attendant la proclamation des élections du 11 décembre pour le renouvellement des membres du Sénat, disposent de quelques temps pour réaliser leur baroud d’honneur en engageant une commission d’enquête dont la mission concernera des dossiers à la fois "chauds" et très "sensationnels".

La mise sur pied d’une commission au niveau du Sénat s’est effectuée la semaine dernière, et les quatre sections d’enquête se pencheront respectivement sur les grands points suivants : la gestion du budget destiné à la lutte contre la covid-19, la tuerie dont ont été victimes une vingtaine de prisonniers à Farafangana, l’importation des armes lourdes à Madagascar, et le problème des « doublons » au cours de la dernière élection présidentielle.

La question qui taraude l’esprit est celle relative au sort de ces enquêtes dans la mesure où, d’ici là, le Sénat tombera entre les mains de nouveaux venus issus du mouvement partisan du Chef de l’Etat. L’opération s’apparentera ainsi à un baroud d’honneur de la part des sénateurs sortants à ossature HVM.

Cependant, cette opération mérite d’être suivie, notamment dans le fond. Les sujets sont très importants si tant est qu’ils se rattachent au volet humain et à l’aspect sécurité du pays. L’on ne devrait pas ainsi les prendre à la légère. Les résultats de l’enquête seront donc très attendus par l’opinion. Ce n’est pas seulement une question de transparence. Il y va aussi de la capacité du pays, ou du moins des gouvernants, d’identifier leurs responsabilités et d’en déterminer les mesures à prendre. Les résultats de l’enquête constitueront ainsi des outils techniques, juridiques, et matériels, pour identifier les failles afin d’en tirer des conclusions : réparer, sanctionner, dénoncer, etc.

Mais la plus pertinente parmi les raisons est celle qui se lie à l’aspect politique de l’opération. Et cet aspect gêne beaucoup les tenants du pouvoir actuels.  Les résultats de l’enquête vont les bouleverser sur le plan politique et ils seront acculés à présenter des explications sur les quatre dossiers brûlants. Le président actuel du Sénat Rivo Rakotovao a, à maintes fois, évoqué cette question d’importation d’armes et il semble connaître de quoi il s’agirait pour en demander une enquête.

La tuerie à l’encontre des prisonniers lors d’une mutinerie à Farafangana cacherait bien d’énigmes et là c’est une question d’humanisme et de droits de l’Homme. L’affaire des « doublons », plus d’un million, selon l’ancien vice-président de la CENI, relèverait-elle de la responsabilité du Ministère de l’Intérieur, première entité responsable de l’émission des cartes nationales d’Identité ? Et enfin, l’opinion souhaiterait avoir le cœur net sur la gestion des fonds alloués à la covid-19, le coronavirus étant jusqu’ici présente à Madagascar mais dont les rapports hebdomadaires ne suffisent pas à répondre à toutes les questions.

Les « enquêteurs » du sénat sortant seront donc appelés à travailler vite s’ils voudraient avoir beaucoup plus de sérénité dans cette opération. Car, une fois les résultats des élections sénatoriales du 11 décembre proclamés, leur effort risque de partir en fumée. La chance de voir les nouveaux venus se pencher sur ces affaires restera très mince. A moins d’une stratégie machiavélique pour étouffer ces affaires à l’heure où tout le monde est encore obligé de porter un…masque.

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