Politique

Tsimbazaza et Anosikely: Futures chambres fantoches ?

C’est la crainte des citoyens : voir une Assemblée nationale et un Sénat devenus le chantre des élus sans opinions ni volonté personnelle.

La crainte prend de plus en plus d’ampleur dans la mesure où la configuration prochaine de la nouvelle chambre haute risque – c’est un euphémisme – de virer à 99,9% de chances à l’orange. Les inquiétudes s’installent au sein de l’opinion : la manière et la stratégie mises en application par les tenants du pouvoir ont été faites pour favoriser la pensée unique au niveau des deux institutions. Les élections de sénateurs prévues se tenir le 11 décembre prochain finaliseront cette stratégie d’établissement d’une assise politique théoriquement « inébranlable ».

Un semblant de jeu démocratique est reconnu s’installer à Tsimbazaza dans la mesure où plusieurs forces politiques y sont quand même présentes. Les débats se font un peu plus intéressants dans les commissions mais dès que le sujet remonte à l’assemblée plénière, ils retombent d’importance en raison de la configuration même du rapport de forces existant. La preuve, peu (ou aucun) de ces amendements émanant des autres partis, de l’opposition ou du centre, sont retenus.

Par contre, on s’attend à ce que la situation puisse être très différente au futur Sénat qui sera « envahi » par des hommes, et femmes, issus du sérail Mapar et ses groupes affiliés. En outre, ce sera un Sénat…à petit groupe de représentants provinciaux. Car, ils seront seulement 18 à y siéger. Les débats se feront donc comme si l’on était dans une réunion hebdomadaire d’entreprise, ou, pardonnez-nous l’impertinence, une réunion entre « potes ». Alors même qu’il s’agira de débattre sur les futures lois qui seront appelées à régir la vie du pays. On s’attend moins à ces procédures de navette pour les textes sur lesquels les points de vue des deux chambres divergent. On s’attend moins à des tergiversations stériles à caractère politique qui risquent de bloquer les travaux des deux assemblées.

Si cela aide l’Exécutif, cela risque, par contre, de faire perdre la valeur démocratique aux deux institutions. Le risque de voir deux chambres fantoches demeure très grand. Sûr d’avoir la confiance des élus au sein de ces chambres, l’Exécutif pourrait ainsi faire passer des projets qui auraient suscité plus de débats si la configuration des deux assemblées était différente. Il aura les coudées franches et aura plus d’actions subtiles d’asseoir sa volonté. Cette situation expose les deux chambres à ce risque de devenir des institutions fantoches, manipulées à volonté par l’Exécutif, utilisées à fond, à tout va, et à une visée intéressée voilée.

Avec un Sénat à ossature Mapar, l’Exécutif ne risque plus de rééditer ce « délit » de bloquer le fonctionnement d’une institution étatique par haine à l’encontre de ses membres, en coupant les budgets y afférents. L’on ne craint plus ces critiques acerbes et pertinents sur la mauvaise gestion du gouvernement, l’on ne se souciera plus de cette procédure de va-et-vient entre Tsimbazaza et Anosikely pour les textes à caractère sensible. Au contraire, l’Exécutif n’aura qu’à faire passer le message et le tour sera joué.

Toutefois, pour éviter que « la pensée unique » ne soit trop évidente, celui qui tire les ficelles sur les marionnettes, qui se trouve derrière le rideau, pourrait jouer la comédie, laissant les manettes d’un animateur de nuit, mais s’emparant des baguettes d’un véritable chef d’orchestre, appelé à ne commettre aucune fausse note. Car en face, l’audience attend le bon moment pour participer à la fête, utilisant la marmite et son couvercle à la place des…tambours.

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